Conférence par Emilie Jean Diplômée de l’université de Toulouse II, de la Sorbonne et de l’Ecole du Louvre, conférencière nationale.
« Je suis le primitif d’un nouvel art. J’aurai, je le sens, des continuateurs. » À quel point Paul Cézanne (1839-1906) a-t-il eu raison ?
Peintre de paysage, membre éphémère de l’aventure impressionniste, il a révolutionné la peinture en revenant vers les lois de la géométrisation et la recherche d’un équilibre entre formes et couleurs. L’abolition de cette frontière représentait alors une audace en France, où se sont toujours opposés partisans de la ligne et ceux de la couleur. Pour Cézanne, la nature est un tout qu’il faut capter dans sa vérité, sans hiérarchie.
D’abord marginal, Cézanne est devenu une référence à l’autorité difficilement discutable, figure exemplaire de l’artiste moderne, isolé et génial. Son évocation donne un pouvoir utopique à ceux qui s’en réclament : celui d’un art qui atteindrait, au-delà des mots, une nouvelle forme de vérité.
120 ans après son décès, c’est cette facette de Cézanne, l’influenceur, qui est explorée à travers une impressionnante exposition au Grand Palais.
Ce rendez-vous, » c’est une façon de montrer au public l’importance de Cézanne sur le long cours. C’est une exposition qui réunit des œuvres qui datent de la fin du XIX siècle, des Cézanne bien sûr, des artistes qui lui ont immédiatement succédé, et on va jusqu’à l’art contemporain, explique Claire Bernardi, directrice du musée de l’Orangerie et une des quatre commissaires d’une expo » ambitieuse et audacieuse ».
69 tableaux et aquarelles de Cézanne sont là, en regard de 105 œuvres signées par 78 autres artistes, et non des moindres. Sont convoqués ici Picasso, qui disait de Cézanne qu’il était » notre père à tous », Gauguin, Signac, Matisse, Léger… On remarque aussi des noms qui ont laissé leur empreinte à Aix, dans le sillage de Cézanne, comme Vasarely, André Masson ou Tal Coat.
» C’est pour nous l’exposition de tous les superlatifs, à tous les points de vue », abonde Claire Bernardi. Un événement qui met en lumière l’héritage d’un » très, très grand maître de l’art moderne, devenu presque une icône, comme seuls quelques rares artistes le sont », rendu possible par la force de frappe conjuguée de quatre institutions aussi prestigieuses que le Grand Palais, le musée d’Orsay, le musée de l’Orangerie, et le Centre Pompidou.
https://www.musee-orsay.fr/fr/programme/agenda/expositions/cezanne-et-nous