Conférence par Serge Legat conférencier des Musées Nationaux, Professeur à l’école d’architecture de Paris Val-de-Seine. Intervenant régulier de l’émission « Au coeur de l’Histoire » de Franck Ferrand sur Europe 1, Intervenant de l’émission « Secrets d’Histoire » de Stéphane Bern sur France 2, Chroniqueur dans la revue « Historia »
« Quelle heure est-il dans les paysages de Monet ? ». Cette phrase de l’historien d’art André Dombrowski(…) définit mieux que tout la magie de cette exposition « Monet, peindre le temps », à l’Orangerie, en partenariat avec la Tate Modern de Londres, pour le centenaire de la mort du peintre.
La révolution des transports et plus généralement l’accélération de l’histoire ont tôt passionné Monet. Presque autant que l’éternelle nature dont il s’est fait le maître réaliste. Le futur auteur d’ « Impression soleil levant » suivait l’injonction baudelairienne. Toujours en vérité ce moderne s’est attaché à rendre « l’ici et le maintenant »,
« le transitoire, le fugitif, le contingent … ». À commencer par la qualité de l’air ou de l’eau, car il a vite compris que c’est par l’éphémère que le durable et l’universel s’atteignent.
(…) Au temps comprimé et trépidant du citadin Monet préfère, dès sa période à Argenteuil, soit bien avant Giverny, la vie cyclique du paysan. Ce temps virgilien, ces travaux et ces jours, ces heures et ces saisons, il nous les communique par de merveilleuses harmonies colorées. Matinées ensoleillées ou brumeuses, après-midi chaudes ou grises, nuances orange, roses ou bleues du crépuscule : tels sont les motifs profonds recherchés, bien plus que quelque berge, vallon ou édifice.
« Un paysage, pour moi, n’existe point en tant que paysage, puisque l’aspect en change à chaque moment ; mais il vit par ses alentours, par l’air et la lumière, qui varient continuellement », écrit le peintre impressionniste. (…) C’est sa philosophie : ne pas bouger mais saisir tout ce qui bouge autour de lui minute par minute ou heure par heure. La beauté du cosmos n’est plus liée à une vue qui sort de l’ordinaire mais à l’extraordinaire du temps qui passe. C’est très zen, pour cet amateur d’estampes japonaises dont il adopte parfois les cadrages : se concentrer uniquement sur l’instant présent.(…) L’exposition nous transmet d’un tableau à l’autre cette intensité du momentum dans la rétine du plus grand peintre du monde.
« Monet apparaît aujourd’hui comme un précurseur de l’installation immersive et du land art, en particulier à Giverny, qu’il a façonné avant de le peindre » Sylvie Patry, directrice de la conservation et des collections du Musée d’Orsay.
https://www.lejournaldesarts.fr/expositions/claude-monet-peindre-apres-la-fin-du-monde-185517
A signaler :
Le documentaire « Monet et les Nymphéas, l’éternité retrouvée » Diffusé sur Arte le 11 octobre
https://www.musee-orangerie.fr/fr/programme/agenda/expositions/monet-peindre-le-temps