Monet Peindre Le Temps Conferences Arts Et Loisirs Claude Monet, La Cathédrale de Rouen . Le portail et la tour Saint-Romain, plein soleil ; harmonie bleue et or, 1893, huile sur toile H. 92,2 ; L. 63 cm., Musée d'Orsay Paris. © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)
Conférence 03 novembre

Monet, peindre le temps

par Serge Legat

Conférence par Serge Legat conférencier des Musées Nationaux, Professeur à l’école d’architecture de Paris Val-de-Seine
Intervenant régulier de l’émission « Au coeur de l’Histoire » de Franck Ferrand sur Europe 1, Intervenant de l’émission « Secrets d’Histoire » de Stéphane Bern sur France 2, Chroniqueur dans la revue « Historia »

L’année 2026 sera celle du centenaire de la mort du peintre Claude Monet (1840-1926). Pour marquer cet anniversaire, le musée de l’Orangerie organise une exposition centrée sur le rapport de l’œuvre de Monet au temps. Il est considéré dès les années 1870 comme l’artiste impressionniste par excellence, bien qu’il n’ait participé qu’à cinq expositions du groupe. Son œuvre en vient rapidement à se confondre avec la « nouvelle peinture », tant elle en résume les caractéristiques (exécutée le plus souvent en plein air, avec une touche rapide et des harmonies claires révélant l’impression d’un instant) avant de déboucher sur un de ses prolongements les plus singuliers et remarquables. Dans les années 1890 avec les séries comme Les cathédrales, Les meules, Les peupliers, le peintre révèle une démarche proche de la dissection du temps, jusqu’au testament final des Nymphéas qui résout cette difficulté insurmontable de la fragmentation dans la série pour se fondre dans le continuum.

Une sélection de près de quarante peintures de Monet provenant principalement des collections du musée d’Orsay et du musée Marmottan Monet, mais aussi de prêts de collections publiques et privées françaises et internationales, permettra de souligner ces différents moments en s’attardant plus particulièrement sur le cycle des Nymphéas. Sous cet angle inédit et avec un regard distancié convoquant différents champs de recherche, l’exposition proposera de réexaminer une œuvre dont, cent ans plus tard, la portée reste plus que jamais fondamentale.

L’exposition trouve tout naturellement sa place au musée de l’Orangerie qui accueille les grandes décorations des Nymphéas. Cet ensemble unique, véritable « Sixtine de l’impressionnisme », selon l’expression d’André Masson en 1952, offre un témoignage de l’œuvre du dernier Monet, conçu comme un véritable environnement et venant couronner le cycle des Nymphéas. Le parcours propose de réfléchir au sentiment d’accélération du temps et à la modernité durant la période impressionniste de l’artiste, à la captation de l’instantanéité par les séries et enfin au cycle des Nymphéas, à la recherche de transcription de la durée. Monet développe une peinture qui répond aux défis et bouleversements de son époque sur la notion du temps d’un point de vue à la fois vécu, ressenti, mais aussi tangible à travers les signes concrets de transformation de l’espace urbain et du paysage. Le XIXe siècle est celui de la multiplication des horloges dans l’espace public et de la synchronisation du temps mesuré, c’est aussi celui de la révolution des transports, du développement des chemins de fer. Le moment impressionniste chez Monet apparaît ainsi, en écho à cette révolution de l’appréhension du temps au XIXe, comme celui d’une peinture qui souhaite s’inscrire de plus en plus dans l’instantanéité.

https://www.musee-orangerie.fr/fr/programme/agenda/expositions/monet-peindre-le-temps
Musée de l'Orangerie du 30 septembre 2026 au 25 janvier 2027